Notre belle planête nommée internet

Tout d'abord, et pour aider à la compréhension de l'importance de la création d'une éthique de l'informatique, il faut prendre conscience de l'ampleur du séisme numérique qui ébranle nos civilisations et notre perception du monde.

L'informatique est partout. Il est vital de se faire à l'idée : Il n'y a plus la séparation initiale entre espace physique et l'espace virutel qui existait jadis. Il n'y a pas d'un coté une vie numérique et de l'autre coté une vie IRL.

L'un est inclus dans l'autre et inversement. Les interactions entre ces 2 mondes n'ont plus rien de virtuelle, sont de plus en plus nombreuses et les conséquences sont bien réelles.

On se rencontre sur Internet, et on baise dans son appartement, ou parfois l'inverse. Ainsi est très réel la place de train que l'on réserve sur le réseau. Réel est l'impact et les conséquences de la consommation d'énergie nécessaire au fonctionnement et à la connection des milliards d'appareils. Réel est le drône qui détruit une cîble sur un théatre de guerre. En quelques années, Internet s'est mis à rythmer nos vies, accompagner, remplacer nos déplacements, se substituer, contrôler, voir commander nos destinées.

Même sans utiliser directement un ordinateur, une action peut être captée, analysée ou influencée par le réseau.

En fait, il n'y a pas 2 espaces, mais uniquement un seul espace. Nous sommes la planête Internet.

L'avènement du logiciel libre a été une révolution

Revenons au logiciel libre. En réduisant le cout marginal de la diffusion d'un logiciel informatique à quasiment zéro, le logiciel libre s'est présenté comme le vecteur d'expansion d'internet et du WEB. Le logiciel libre est partout et a convertit les plus grands noms des éditeurs géants. C'est devenu un business model reconnu et performant.

Dans de nombreux secteurs, il est même le modèle dominant. En une dizaine d'années seulement, de Red Hat à Microsoft, en passant par Google ou Oracle, nombreux sont les acteurs majeurs qui se rémunèrent gràce aux activités liés aux logiciels libres. Il n'existe plus aucun grand acteur du monde informatique qui n'a pas une stratégie open-source, soit en temps qu'utilisateur au sein de son infrastructure, soit en tant qu'éditeur.

Les modèles, nombreux et éprouvés, ont remplacés plusieurs modèles propriétaires. Par exemple, le logiciel libre a remplacé le modèle économique du shareware comme produit d'appel. Il est amusant de constater que peu de jeunes développeurs sont capables d'imaginer le monde informatique totalement fermé tellement la victoire du logiciel libre est grande. Un monde que les vieux dynos ont connu.

La diffusion et l'accès au code source étaient parmi les objectifs des pionniers des projets GNU. Et même si on assiste à des phénomènes de concentration sur des plateformes facilitantes, vous n'êtes plus regardé comme un rigolo quand vous présentez une activité basée sur un logiciel libre, le pari semble réussi.

Fini le bazar contre les cathédrales. En grossisant les gros projets se sont structurés autour de moyens financiers ou des fondations. Les écosystèmes se sont concentrés, il y a beaucoup moins de faiseurs bénévoles. En ce sens, la révolution du logiciel libre s'est institutionnalisée et peut donc être considérée comme terminée. Nous pouvons passer à l'étape suivante.

GNU est mort

Le projet GNU avait aussi d'autres objectifs que la simple création d'outils. Il projetait aussi la protection contre la tyrannie des faiseurs et la libération des utilisateurs.

Au sens GNU ou même BSD, un utilisateur était lui aussi un acteur du développement, et donc un développeur. La licence lui octroyait donc les droit inaliénaux d'utilisation, d'étude, de modification et de diffusion et tout allait rouler dans le meilleur des mondes.

Cette vision a été une vision bien trop optimiste et une modélisation bien trop simplificatrice de ce qu'est devenu un utilisateur de logiciel libre sur la planête Internet.

La protection fournie par les GPLs n'est plus suffisante. Malgré toute ses qualités, ces textes ne restent que des licences informatique. Oui, il y a eu la tentation de vouloir introduire plus l'éthique dans la V3 avec les clauses anti-tivoïsation.

Il y a toujours moyen de détourner l'esprit libertaire du logiciel libre tout en restant légaliste et beaucoup ne s'en privent pas.

Un utilisateur consommateur de service

Il faut bien constater que pour un utilisateur de logiciel informatique, — donc l'ensemble de la population — les libertés fondamentales des développeurs ne sont pas suffisantes pour que puisse être satisfait des garanties de conservation de ses droits de citoyens.

Les nouveaux modes d'utilisations que sont les utilisations de services sur des ordinateurs appartenant à d'autres posent d'innombrable problèmes.

Le logiciel libre est un logiciel privateur comme les autres

Le problème ? Ils sont nombreux, mais on peut citer, les conditions d'utilisations, de localisation et de rémunération des plateformes de services, l'effet de masses et le contrôle des traitements des données.

Les logiciels libres — majoritaire  – sont donc en 1er ligne à être utilisées pour l'enclavement du citoyen. Que cela soit dans le domaine du big data, ils sont même devenus la norme. Nombreuses donc, sont les plateformes basées sur des solutions libres qui baffouent les droits élémentaires des citoyens, souvent à leur insu ou sans que ceux-ci puissent en mesurer les conséquences.

Parce qu'il ne peut pas y avoir de démocratie sans libertés, que la liberté dans un monde technologique passe par une éthique de l'informatique, il est temps de penser, militer et développer le monde post GNU.